Pourquoi j'ai toujours voulu épouser Jeremiah Johnson

Publié le par Pénélope l'Arverne

Quand j'étais petite, mon film préféré, c'était Jeremiah Johnson de Sydney Pollack (1972). Les autres enfants apprenaient à dire "Superqualifragilistic" sans balbutier, et moi j'apprenais que le seul matériau avec lequel on peut faire du feu même quand il est humide, c'est l'écorce de bouleau. Les autres enfants admiraient les écailles de la petite Sirène, et moi j'admirais les grandioses paysages des montagnes Rocheuses. Les autres enfants pleuraient la mort de Bambi, et moi je versais des larmes sur l'assassinat de Swan et de Caleb par la tribu des Corbeaux. Bon, c'est vrai, j'étais aussi accro à Disney, à Mary Poppins et à Brisby et le secret de Nimh, mais mon héros préféré, c'était quand même Robert Redford dans le rôle du trappeur.

 

Et pour être honnête, les choses n'ont pas changé. J'ai vu ce film à peu près un million de fois, mais j'ai toujours la larme à l'oeil en entendant la chanson principale, le souffle coupé lors de la première rencontre de Jeremiah avec Chemise Rouge, et un gros sursaut d'indignation lors de la première apparition de Del Gue.

 

C'est peut-être le moment d'un rapide résumé. En 1850 et des poussières, Jeremiah Johnson, ancien militaire probablement déserteur, décide de laisser derrière lui le monde des hommes et de partir vivre dans les montagnes. Après des débuts difficiles, il fait la connaissance du trappeur et chasseur de grizzlis Griffes d'ours, qui lui apprend les rudiments du métier. Il continue son chemin seul, rencontre Caleb, un jeune garçon dont la famille a été assassinée par les Indiens, puis Del Gue, un chasseur passablement malhonnête et violent; il finit par épouser Swan, une Indienne de la tribu des Têtes-Plates. Après avoir violé le cimetière des Corbeaux, il revient chez lui et trouve Swan et Caleb morts, assassinés par les Corbeaux. S'ensuit une véritable vendetta contre cette tribu. Mais Jeremiah finit par se réconcilier avec elle, et c'est sur un signe d'apaisement de son chef Chemise Rouge, le premier Indien que Jeremiah avait croisé, que s'achève le film.

Les principales qualités de ce film, outre ses images et ses musiques, sont à mon sens la vision qu'il donne des relations complexes entre les Blancs et les Indiens, un portrait de ces derniers ni trop angélique, ni trop sombre, et surtout l'idée qu'un rapport pacifié entre l'homme et la nature relève presque de l'utopie: la quête de Jeremiah semble parfois aboutir, mais il est au final sans cesse contraint de tout recommencer, et de changer d'endroit. Du premier feu qu'il tente de faire sous un arbre, et qui est enseveli par la neige, jusqu'à sa maison qu'il brûle après la mort de sa famille, son histoire n'est qu'une suite de tentatives qui le conduisent à l'échec, même si, dans le meilleur des cas, notre héros a parfois brièvement l'impression d'être parvenu à ses fins. Sa remontée finale en destination du Canada illustre bien cela: on ne sait pas si elle est synonyme de fuite ou d'un nouvel élan, mais la seule chose qui est sûre, c'est que Jeremiah persiste dans son rêve de vivre dans les montagnes, car comme le dit Griffes d'ours, tout vaut mieux que de retourner dans la vallée grasse où vivent les cultivateurs. Jeremiah ne peut donc faire autre chose que poursuivre sa quête dans les montagnes, et comme le dit en fin de compte la voix off "on raconte qu'il y est encore".

 

Alors oui c'est vrai, pour être plus terre à terre, et pour en venir (enfin) au titre de ce post, j'ai toujours voulu épouser Jeremiah Johnson, partir chasser le grizzli avec lui, piéger les castors et traquer l'élan en me plaçant de l'autre côté du flanc de mon cheval pour que la bête ne puisse pas me voir, stratégie éminemment efficace puisque "un élan ne sait pas combien un cheval a de pieds". Oui, j'ai toujours voulu bâtir ma cabane en rondins et faire sécher de la viande de bison. Au final, je ne chasse/piège/traque pas grand-chose, j'ai partiellement rebâti un appartement de trois pièces, et la seule chose que je fais sécher, c'est mon linge. Mais. Mais j'ai trouvé Monsieur T., qui avec son mètre quatre-vingt-trois et sa barbe blonde ne dépareillerait pas dans un film de trappeurs, et ma fois, si je devais aller vivre dans les bois, je saurais que la seule chose qui brûle sous la pluie, c'est l'écorce de bouleau, et qu'il vaut mieux éviter d'allumer un feu sous un arbre plein de neige. Et en fin de compte, c'est déjà ça, non?

http://www.mediafilm.ca/multimedias//jeremiah_johnson_ver2.jpgAu fait, à propos de l'endroit adéquat pour allumer un feu dans la neige, et pour rester en mode trappeur, je vous conseille une nouvelle incisive, poignante et trop peu connue de Jack London: Construire un feu. Une pure merveille, je vous le garantis!

http://www.critiqueslibres.com/img/cover/M/2842051254.gif


Publié dans Elle critique...

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Cécile brode 01/11/2010 11:38


Oui, Jérémiah Jonhson est un film magnifique, terrible quand même avec ses tragédies? Mais je comprends que tu aimes le film, l'histoire et l'acteur ;-p
J'ai aussi lu plusieurs livres de Jack London, je vais tâcher de trouver celui que tu conseilles. C'est même grâce à Jack London et Croc Blanc que je me suis mise à la lecture au début de mon
adolescence.
BiZZZ Cécile