La fille qui jurait à l'oreille des chevaux

Publié le par Pénélope l'Arverne

"Salut, tu es Pénélope? C'est ta première fois en équitation? OK, on y va. Vous êtes trois dans le groupe des débutantes, les deux autres en on déjà fait un peu, mais ça va aller."


Premier constat: "en avoir fait un peu", en langage de monitrice équestre, ça veut dire "avoir passé son enfance à cheval et s'y remettre à l'âge adulte". Pour ma part, désolée, mais mon contact le plus récent et le plus étroit avec un équidé date de 1992, année où je suis allée voir Le cheval venu de la mer au cinéma avec des copines. Je vais donc être la seule, la véritable quiche du groupe. No problem, je reste zen, je respire un grand coup et j'accompagne la prof dans l'écurie.

 

(Béni soit le temps où je croyais encore que monter à cheval, c'était gracieux, simple et romantique)

 

"Je te présente Betty, c'est la jument que tu vas monter aujourd'hui." "Bonjour Betty!!" La bestiole, pas gênée du tout, me snobe ostensiblement. Et là j'entends distinctement une autre élève, visiblement une habituée du club, lancer: "Ah ma pauvre, tu as Betty, y a pas pire caractère qu'elle! ouarf ouarf". Silence gêné de la monitrice. OK. On m'a donc refilé une vioque ronchonne. Ne paniquons pas, zen, hein, on continue à respirer... Oh bon dieu, je me rends compte que la vioque est aussi une GEANTE, c'est de loin le plus grand cheval aux alentours.


"Elle est jolie, hein?" me demande la prof. "Oh non mon dieu non je vais mourir, tomber, me faire piétiner, elle est énorme, on dirait Godzilla, je voulais un cheval nain et gentil, je tombe sur une jument psychopathe, au secours, help, je veux partir d'ici..." Non, en vrai, je n'ai pas dit ça. J'aurais été ridicule, et le ridicule, je préférais le garder pour le moment où je serais SUR le cheval, pas à côté. J'ai donc sobrement commenté: "elle est... grande." Ce que la monitrice s'est abstenue de confirmer. Je pense que c'est là qu'elle a commencé à avoir des doutes sur mes qualités de future cavalière.


Se détournant de moi, elle a fait un geste vers un autre cheval: "Et voici Milton, qui sera monté par une autre élève. Milton est un poney." Milton, t'avais de beaux yeux, un tempérament choupi comme tout, et la rapidité d'un escargot. Et tu étais un PONEY (pas petit, mais quand même beaucoup moins grand que ma Betty). Tu m'as plu tout de suite, Milton, ça a été le coup de foudre, pour tout dire. J'aurais pu partir avec toi au bout du monde, j'aurais été ton Yakari et tu aurais été mon Petit-Tonnerre... Mais hélas, tu étais destiné à une autre. Que la vie est cruelle.

 

Suivant

 (Milton et moi - il va de soi qu'en plus d'être très amis, nous aurions été élouissants d'un point de vue technique)


Je passe sur la préparation du cheval, qui a confirmé que j'étais vraiment cruche pour ce qui est des équidés et de leurs accessoires: "non Pénélope, ce n'est pas une corde, c'est un licol"; "non Pénélope, ce n'est pas la peine de contourner de TROIS METRES l'arrière du cheval" - mais bon sang c'est Betty, elle a des pattes (pardon, des "membres postérieurs") de deux mètres au moins... 


Et puis j'ai pris les rênes en main pour sortir du box, et là, Betty m'a donné un petit coup de tête dans le bras - un coup de tête qui semblait signifier "non mais tu vas voir, tu vas m'apprécier, en réalité je suis une mal-aimée". Moment de grâce. Qui a duré genre cinq secondes, vu que tout de suite après, bien que j'aie fermement tenu la bride en marchant à côté d'elle, j'ai tourné à gauche et elle... à droite. Et là j'ai senti que l'incommunicabilité, ça pouvait être douloureux.


Ensuite, je dois dire que j'ai géré; j'ai assuré, même. Je n'ai pas DU TOUT eu honte de demander un petit marchepied pour monter sur Betty (qui je le rappelle avait la hauteur au garrot d'une GIRAFE, au moins). Je n'ai pas DU TOUT eu honte lorsque j'ai aperçu Monsieur T., planqué derrière les barrières de l'écurie, en train de s'esclaffer comme une baleine. Je n'ai pas DU TOUT eu honte quand, alors que la prof donnait les instructions et que les deux autres chevaux patientaient gentiment, Betty est partie DE SON PROPRE CHEF faire un petit tour dans le manège (et bien sûr, je n'ai pas su l'arrêter, il a fallu que tout le monde nous coure après, je vous laisse imaginer la scène...).


Je n'ai pas eu honte, non, mais c'est à ce moment-là que Betty et moi, nous avons eu une petite explication. Je l'ai informée gentiment mais fermement que certes, nous étions parties sur un mauvais pied (ou sur un mauvais "membre postérieur", c'est selon), mais que là, tout de suite, elle était en train de ruiner mes ambitions de cavalière ET mon ego en prime, et que "bordel de nom de dieu" (sic), je n'allais pas la laisser faire. L'exercice suivant, c'était de s'arrêter au moment où la monitrice compterait jusqu'à trois. Eh bien croyez moi ou pas, Betty s'est figée tout pile sur le "trois", et elle ne faisait pas la maligne. Murmurer à l'oreille des chevaux, mon oeil ouais. Jurer, y a que ça de vrai.

 

L'Homme qui murmurait a l'oreille des chevaux

 (Ce cher Robert n'a jamais rencontré Betty, c'est évident)

 

Voilà, après ça a été la routine. Nous avons marché, zigzagué, et... trotté; j'ai vu ma vie passer devant mes yeux lorsque mon pied droit est sorti de l'étrier et que j'ai commencé à glisser sur le côté. Je crois avoir hurlé "Betty stop stop stop", ce qui n'a servi à rien. Incommunicabilité toujours... Donc les autres ont continué à trotter, mais Betty et moi avons marché, activité saine s'il en est. Et puis qui veut voyager loin ménage sa monture (je sais, on a les arguments qu'on peut). Last but not least, j'ai cru mourir quand il a fallu descendre; sauter d'un immeuble de trois étages aurait été moins terrifiant. Restait encore à desseller, étriller, bouchonner, et ... curer les sabots. Je vous laisse imaginer combien Betty s'est montrée coopérative, surtout pendant cette dernière étape.


Au final, vous savez quoi? J'y retourne la semaine prochaine... Betty et moi, on a compte à régler, gnark gnark.


  Une vielle gravure de la bête du Gévaudan

Je n'ai pas de photo de Betty - mais elle, c'est une de ses cousines, j'en suis sûre.


Publié dans Elle raconte...

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Cécile brode 17/10/2011 10:01


Excellent !!! Pas facile d'apprendre à monter à cheval dans un centre équestre, les moniteurs désabusés, les chevaux blasés... Je te recommance la lecture d'un excellent livre "penser cheval", il y
a toutes les références sur mon blog, sinon tu me redemandes. Surtout ne te laisse pas faire, mais ne jure pas trop, les chevaux le comprennent aussi...
BiZZZ Cécile


Michele 21/09/2011 13:41


Wouaaaaaaarf! Je suis morte de rire sur mon canapé, l'ordi a failli tomber par terre. Non, je rigole, mais j'admire ton courage.
La Betty, elle a qu'a bien se tenir!


maman 15/09/2011 19:58


bravo penelope !!!mais ce n'est pas tout a fait une premiere....
te souviens tu quand tu etais toute petite 4 ans peut etre avoir chevauche un grand cheval et meme avoir trotte avec les deux bras au dessus de la tête ?
a quand le premier galop de monsieur T?


muriel 13/09/2011 04:47


oups! Dompté (bien sûr)


muriel 13/09/2011 04:46


Bravo Pénélope! Tu as (presque) dompter la grande Betty! Yahouououou....


Pénélope l'Arverne 13/09/2011 08:58



Tout est dans le presque... Bisou.